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L'utilisation de l'eau de pluie : Etat des connaissances et des inconnues

Un sujet qui passionne

La troisième édition des Assises de l'eau en Wallonie l'a encore une fois démontré : l'utilisation de l'eau de pluie est un sujet qui fait débat.

Plus que de susciter un débat, il va même parfois jusqu'à engendrer de la passion chez certains.

Cependant, là où il y a passion, il y a souvent peu de raison. Aussi est-il important, au-delà de toute prise de position a priori, d'objectiver les débats  à l'aide de chiffres et de raisonnements.

Résumons l'état actuel des connaissances sur ce sujet.

L'utilisation de l'eau de pluie : une pratique ancienne et répartie spatialement ...

Cette thématique a déjà été développée dans les précédentes newsletters d'AQUAWAL.

... toujours d'actualité...

Bien que s'agissant d'une pratique ancienne, l'utilisation d'eau de pluie est toujours d'actualité. Ainsi, une étude sur près de 3000 ménages wallons[1] a montré que cette eau était utilisée par près de 40% de ceux-ci, essentiellement pour des usages extérieurs (arrosage du jardin, lavage de la voiture, ...). Cette eau est le plus souvent récoltée en citernes, mais pas seulement.

Les usages d'eau de pluie à l'intérieur du logement ne sont pas en reste car ils concernent un ménage sur cinq.

usage eau de pluie

Il a été estimé que le recours aux ressources alternatives en eau par les ménages pour les usages intérieurs du logement (dont plus de 90% sont composés d'eau de pluie) s'élève à environ 11 millions de mètres cubes d'eau par an en Wallonie. Ce chiffre est à mettre en relation avec une consommation totale d'eau de distribution de l'ordre de 160 millions de mètres cubes par an.

...et aux impacts peu clairs

L'usage de l'eau de pluie pourrait avoir des impacts potentiels nombreux et divers. Notamment de diminuer les prélèvements dans les ressources, ce qui tamponnerait les crues, augmenterait les débits de pointe dans les réseaux, induirait une augmentation du prix de l'eau, diminuerait la facture d'eau pour les ménages l'utilisant mais augmenterait les différenciations sociales d'accès à l'eau, ... En réalité, les impacts potentiels ne sont limités que par l'imagination de ceux qui les émettent et en fonction de leurs a priori. Aussi est-il nécessaire d'évaluer tout cela de manière rationnelle.

Nous analysons ci-dessous trois des arguments parmi les plus souvent cités.

Diminution de la pression sur les ressources en eau

L'usage d'eau de pluie en substitut à l'eau de distribution permet de prélever moins d'eau dans les ressources en eau souterraine et en eau surface. Il s'agit donc d'un moyen pour diminuer la pression sur nos ressources.

Le volume économisé de 11 millions de mètres cubes correspond à une diminution du même volume des prélèvements[2].

Mais combien cela représente-t-il par rapport aux prélèvements  actuels ? Eh bien, cela dépend...

- Si on rapporte ce chiffre aux prélèvements d'eau destinés à la distribution publique en Wallonie, le volume ainsi économisé représente une diminution de 4.5%.

- Enfin si l'on rapporte ce volume à tous les prélèvements d'eau réalisés (pour la distribution publique et pour les prélèvements privés), cela représente un peu plus de 1.5% de diminution.

Augmentation du prix de l'eau

Le mode de financement actuel du cycle anthropique de l'eau (production-distribution-assainissement) est tel qu'il repose intégralement sur la consommation d'eau de distribution (comptabilisée au compteur).

Plus particulièrement en ce qui concerne l'assainissement (égouttage, collecte et épuration), celui-ci doit être réalisé quelle que soit la source d'eau initiale pour autant que celle-ci ait été polluée d'une manière ou d'une autre.

Or, l'eau de pluie qui est utilisée pour les usages intérieurs ne passe pas par le compteur d'eau. Aussi, le volume ainsi consommé et pollué doit être épuré sans que son usage n'ait participé au financement de cet assainissement. Ce financement doit en conséquence être répercuté auprès de l'ensemble des autres usagers.

Un raisonnement similaire peut être mené pour la production et la distribution d'eau potable. Chaque ménage est raccordé à l'eau de distribution au moyen d'une infrastructure comprenant un réseau de conduites et des réservoirs, qui, en Wallonie, mesure environ 40.000 kilomètres. Cette infrastructure et les services qui y sont liés représentent une très grande partie des coûts à recouvrir. Ce sont des coûts fixes qui ne diminuent pas en même temps que la consommation d'eau et doivent alors être répartis sur un volume distribué plus faible, augmentant ainsi le prix moyen du mètre cube d'eau.

On estime actuellement à environ 6% l'augmentation du prix de l'eau liée à l'usage d'eau de pluie par les ménages[3].

Permet de tamponner les crues

Un autre impact régulièrement cité serait celui de permettre un tamponnement des crues des cours d'eau. En effet, le volume disponible dans une citerne d'eau de pluie absorbe une partie de l'eau météorique, ce qui lui évite de ruisseler et d'aller rejoindre le cours d'eau. Ainsi, le niveau maximal de l'eau est réduit et permettrait dans une certaine mesure de limiter voire d'éviter certaines inondations.

Une première estimation de cet effet a été fournie par Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) lors d'une analyse sur le bassin versant de l'Orneau.

Sous l'hypothèse que tous les logements sont équipés d'une citerne d'eau de pluie dont le volume disponible est suffisant pour absorber l'ensemble de la précipitation, les auteurs ont conclu que : « Le débit de pointe est diminué de 11.4% sur l'ensemble du bassin versant et le volume diminué de 10%. Cette réduction sera probablement insuffisante pour réduire les inondations »[4].

Cette étude ne constituant qu'une première approche, il serait opportun de réaliser une analyse similaire avec des hypothèses plus conformes à la réalité (tous les logements ne disposent pas d'une citerne avec un espace libre suffisant pour absorber l'ensemble du flux) et sur des bassins de morphologies urbaines différentes (zones urbaines, rurales, semi-rurales, ...).

Par ailleurs, contrairement à une idée reçue, le tamponnement des crues ne dépend pas de la présence ou de l'absence d'un système d'infiltration en cas de débordement de citerne. En effet, un système d'infiltration peut être installé avec ou sans citerne.

Autres effets

Bien d'autres effets potentiels peuvent être évalués sur ce thème, tels que l'écobilan, l'impact sanitaire, en termes d'emploi, sur le sous-dimensionnement du réseau et les débits de pointe.... Cependant, cela dépasserait largement le cadre de cet article. Des études sont par ailleurs nécessaires pour en savoir plus sur de nombreux sujets.



[1]Etude relative à l'impact sur les usagers des réformes en matière de tarification de l'eau et à l'estimation de l'emploi généré par le cycle anthropique de l'eau en Wallonie (SA AQUAWAL pour le compte de la Région wallonne). [2] Contrairement à une idée reçue, il ne faut pas diviser par le rendement du réseau, le volume non enregistré étant indépendant de la consommation d'eau. [3] L'exploitation des ressources en eau de pluie, Aquawal : lien vers étude [4] Citernes de récolte des eaux de pluie et système d'infiltration, Gembloux Agro-Bio Tech (ULg) – Unité d'Hydrologie et Hydraulique Agricole

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