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Les sécheresses en Belgique

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Si l'été qui s'achève a été particulièrement pluvieux, le printemps qui l'a précédé a connu, entre le mois de mars et le mois de mai 2011, un déficit pluvieux marqué.  Le total des précipitations sur trois mois était égal à ce qui doit normalement tomber en un seul mois. D'aucuns parlaient alors d'une sécheresse avec son lot de conséquences sur les activités humaines : agriculture, navigation, tourisme, ...

Cependant, peut-on réellement qualifier cet évènement de « sécheresse » ? Ce genre de phénomènes est-il plus fréquent aujourd'hui qu'hier ? Analysons les données historiques ...

Comment peut-on définir une sécheresse ?

Malheureusement, cette fois le dictionnaire ne nous sera pas d'une grande aide... « Sécheresse : temps sec, insuffisance des précipitations. »[1]

Une sécheresse est avant tout une diminution importante des précipitations, à un moment donné, par rapport à la normale. Cette diminution est de cause naturelle et temporaire.

Cette définition est celle de la sécheresse météorologique.

En cas de faibles précipitations permanentes, et non par rapport à une moyenne, on parlera plutôt d'aridité.

D'autres définitions, plus en rapport avec les conséquences du déficit de précipitations sur les activités humaines ou les écosystèmes peuvent être avancées :

  • Sécheresse hydrologique : se définit par rapport à un manque d'approvisionnement des aquifères et des eaux de surface. Elle est bien sûr une conséquence d'une sécheresse météorologique, mais peut également être liée ou renforcée par des facteurs humains tels que le changement d'occupation des terres. Elle peut également être aggravée par d'autres facteurs climatiques tels que de fortes températures qui vont faciliter l'évapotranspiration.

  • Sécheresse agricole : comme son nom l'indique, elle se définit par rapport à l'impact d'une sécheresse météorologique sur l'activité agricole.

Les sécheresses météorologiques en Belgique

Afin de repérer les sécheresses historiques et ainsi pouvoir juger à sa juste valeur l'épisode déficitaire de mars à mai 2011, il faut disposer d'un indicateur fiable.

L'indicateur idéal devrait considérer le déficit de précipitations sur base mensuelle par rapport à une normale reconnue.

Cependant, il est opportun de travailler sur une plus longue période. En effet, un déficit de précipitations, même important, pendant un mois peut être compensé par des précipitations normales ou supérieures à la normale les mois précédents et/ou suivants.

Pour tenir compte de cela, nous avons considéré un total mobile sur une période de trois mois. Les précipitations sont donc cumulées sur trois mois et comparées aux normales cumulées de ces mêmes trois mois. La durée de la période mobile est purement arbitraire et a été choisie dans l'optique du phénomène que nous essayons d'analyser.

 

Graphique Ecart par rapport aux normales

Graphique 1 : Ecart observé entre les précipitations totales sur trois mois consécutifs et les normales (1900-2011)

 

Nous ne nous intéressons ici qu'aux déficits en précipitations. Les excédents de précipitations feront l'objet d'un prochain article.

Depuis 1900, les pires sécheresses ont eu lieu, dans l'ordre, en 1921 - 1953 – 1947 – 1976 - 1983 et 1995. La période de mars à mai 2011 ne se « classe » que 54ème avec un déficit cumulé sur trois mois de 96 mm. On ne peut donc a priori pas qualifier ce phénomène d'exceptionnel.

Le graphique 2 représente la fréquence des évènements secs suivant le même indicateur, mais pour deux intensités : les périodes très sèches (déficit sur trois mois supérieur à 100 mm) et les périodes sèches (déficit sur trois mois supérieur à 50 mm). Les résultats sont fournis par décennie.

Graphique Secheresse par décennie

Graphique 2 : fréquence des périodes sèches et très sèches par décennie (1900-2011)

 

A l'examen de ce graphique, on ne peut dégager une tendance nette ni pour les périodes sèches, ni pour les périodes très sèches. Le nombre le plus élevé de périodes très sèches a été observé dans la décennie 1920-1929, du fait notamment de la grande sécheresse de 1921. Si l'on s'intéresse aux périodes sèches, le maximum de fréquence a été observé dans la décennie 1970-1979.

Il n'y a donc pas de tendance historique lourde quant à la fréquence des sécheresses météorologiques en Belgique. Au regard des données historiques, il faut donc considérer celles-ci comme des aléas statistiques du climat et non comme un caractère propre qui se modifierait au fur et à mesure du changement climatique global.

Conclusions

La période sèche que nous avons connue entre mars et mai 2011 a induit de nombreuses conséquences au niveau hydrologique et agricole.  Cependant, ce phénomène, bien que d'une ampleur non-négligeable n'est en aucun cas exceptionnel. Cette période de trois mois était la 54ème plus sèche depuis 1900 et en aucun cas comparable aux grandes sécheresses historiques de 1921 ou de 1976. Par ailleurs, nous n'observons pas d'augmentation de la fréquence de tels épisodes ces dernières années.

Références: Klein Tank, A.M.G. and Coauthors, 2002. Daily dataset of 20th-century surface air temperature and precipitation series for the European Climate Assessment, Int. J. of Climatol., 22, 1441-1453. Data


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