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Demande de droit de réponse à l'article "Pourquoi notre eau est-elle si chère?" - Moustique 20/06/18

Robinet

AQUAWAL a sollicité un droit de réponse à l'article "Pourquoi notre eau est-elle si chère?" paru dans Moustique le 20/06/18.


Réponse d'AQUAWAL:

"Nous regrettons que M. DE BOCK n'ait fait que recopier des passages d'articles préexistants, sans apporter un éclairage sur ceux-ci. Aussi, nous nous permettons de corriger certaines contre-vérités qui se trouvent dans ce "grand format" dans l'ordre d'apparition dans l'article.

Au sujet du litige qui oppose l'AIEC à M. Magera :

Concernant cette affaire, il faut en effet savoir que, bien que le droit à l'eau soit un droit humain, cette notion n'implique pas forcément sa gratuité. En effet, si l'eau n'appartient pas au producteur, ce dernier met néanmoins en place un service de prélèvement, traitement, adduction, stockage et distribution de cette eau. Ces opérations ont un coût. Ce dernier doit être couvert d'une manière ou d'une autre, soit par la facture d'eau, comme cela se fait en Wallonie et plus généralement en Europe, ou par l'impôt.

Comme énoncé, la Wallonie a fait le choix, cadré par une Directive européenne, de facturer le coût réel de l'eau aux usagers en fonction d'une structure tarifaire reprise dans la législation.

Il est évidemment loisible à tout un chacun d'avoir une opinion différente de la situation et de choisir de ne pas respecter ce qui a été décidé démocratiquement par le législateur.

N'oublions pas que, en vertu du principe de couverture des coûts, lorsqu'un usager décide de ne plus payer sa contribution, celle-ci est remise à charge des autres usagers qui doivent donc assumer les conséquences financières de l'individualisme de certains.

Le législateur a de plus instauré des balises sociales à ce système. En effet, chacun contribue à raison de 2,7 centimes d'euros à l'alimentation d'un Fonds social qui a pour but d'aider les personnes en difficultés de paiement. Pour pouvoir en disposer, il convient d'introduire une demande au CPAS et fournir les justificatifs demandés. 10.000 ménages en bénéficient chaque année. Si une personne n'use pas de ce droit, le distributeur est alors libre de récupérer sa créance.

Il faut également rappeler qu'au-delà de ce mécanisme d'intervention financière, les distributeurs octroient des facilités de paiement (mensualisations, plans de paiement) sur simple demande de l'usager. Mais cela ne rentre évidemment pas en compte dans le cas où un usager a décidé de son propre chef de ne pas acquitter sa facture d'eau.

Concernant la comparaison des prix de l'eau

Nous comprenons que le sujet des comparaisons des prix soit intéressant pour informer les lecteurs. Cependant, cet exercice doit se réaliser avec prudence car, malgré son apparente facilité (il suffirait de regarder le prix au m³ à tel endroit puis à tel autre, et de conclure que le moins cher est celui qui gère le mieux), le sujet est en fait plus complexe qu'il n'y paraît.

Doivent rentrer dans l'équation les éléments suivants :

- La source de financement du secteur de l'eau : si les subsides de l'état ou des régions couvrent tout ou partie des coûts, on ne peut plus comparer les prix et en déduire des efficacités de gestion. C'est le cas par exemple avec Bruxelles et la Flandre où une partie du prix de l'eau est financée par l'impôt des citoyens, choix tout à fait louable, mais qui rend caduques les comparaisons.

- L'indicateur souvent utilisé (prix au mètre cube) n'est pas pertinent. En effet, les charges des distributeurs d'eau sont essentiellement constituées par les coûts liés à l'infrastructure (renouvellement des installations, amortissement ...) et sont donc indépendantes du volume d'eau mis en distribution. A contrario les revenus des opérateurs sont constitués uniquement par le volume d'eau vendu. En conséquence, lorsque le volume d'eau vendu par usager (la consommation d'eau) est plus faible, le prix au mètre cube doit augmenter, toutes choses égales par ailleurs, de manière à maintenir l'équilibre entre coûts et recettes. A titre d'exemple, si la consommation d'eau de distribution venait à augmenter de 30%, mécaniquement, sans autre changement, le prix de l'eau pourrait être diminué de 20% par rapport à son niveau actuel.

La consommation d'eau est donc bien un des facteurs explicatifs des différences de prix de l'eau. C'est pourquoi nous préférons utiliser un autre indicateur qui est la facture moyenne par usager, ce qui permet de rendre compte de l'influence de la consommation d'eau.

- Le niveau d'investissements dans l'infrastructure : actuellement, en matière de distribution d'eau, 150 millions d'euros sont investis annuellement. Cela représente environ 1 € par mètre cube, sur 2,6 € pour la partie eau potable. Ce sont également ces investissements qui expliquent l'augmentation du prix de l'eau pendant les 15 dernières années, et notamment ceux relatifs à l'assainissement des eaux usées. Pour diminuer le prix de l'eau, il suffirait donc de ne plus investir, au détriment d'une vision à long terme du secteur, garante du maintien d'un approvisionnement d'une eau en qualité et quantité suffisante.

- Ce que finance le prix de l'eau : en Wallonie, le prix de l'eau finance la production et distribution d'eau potable, la collecte et l'épuration des eaux usées. De plus, des taxes de prélèvements sont également imposées par la Région wallonne, représentant presque 20 centimes d'euros par mètre cube. Ce n'est pas le cas pour tous les pays européens qui financent par contre peut-être d'autres dépenses sur base du prix de l'eau. Ainsi, est mentionné erronément le cas de l'Italie où seul l'assainissement serait payé par la facture d'eau, ce qui n'est pas le cas et nous vous référençons à cet exemple, parmi de nombreux autres, qui pourra vous démontrer cette erreur.

Contrairement à ce que d'aucuns l'imaginent, le niveau de fuites ne détermine pas le prix de l'eau. L'idée qui voudrait associer taux de fuite élevé avec prix de l'eau élevé est fausse. En effet, l'eau prélevée et non distribuée (pour différentes raisons, entre autres, les fuites, mais aussi les volumes utilisés par les producteurs d'eau pour le lavage de leurs installations, les sous-enregistrements des compteurs d'eau, les volumes utilisés par les services incendies et la protection civile) a bien engendré des coûts de prélèvement et de traitement, ainsi que le paiement de taxes à la Région wallonne. Ces coûts sont estimés, pour la Wallonie à 14 millions d'euros qui doivent être comparés aux 100 millions d'euros investis dans le seul réseau d'eau potable chaque année. Comme vous le voyez, les fuites n'expliquent en rien les différences de prix de l'eau entre la Wallonie et la France. Nous vous renvoyons également la carte blanche publiée dans l'Echo concernant ce sujet .

Pour ce qui concerne l'analyse réalisée par M. Minguet, nous vous renvoyons vers la réponse d'AQUAWAL du 16/10/17 à la carte blanche du Vif l'Express du 10/10/17".

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