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L'impact environnemental du cycle anthropique de l'eau en Wallonie

CILE Chateau d'eau du Bol d'ai ANGLEUR - Avril 2010 043

La distribution d'eau potable et l'assainissement des eaux usées sont des missions qui nécessitent un travail quotidien : pompage, placement et remplacement de canalisations, construction de nouvelles infrastructures, gestion administrative, etc.

De plus, l'eau de distribution est souvent polluée par les activités domestiques, industrielles et agricoles, de sorte qu'il est nécessaire de la dépolluer (l'assainir) après sont utilisation.

Toutes ces activités ont un coût environnemental. En effet, elles nécessitent l'utilisation de matières premières et d'énergie, et par conséquent émettent des particules fines, des gaz à effet de serre et d'autres polluants.

Une analyse de l'impact environnemental du cycle anthropique de l'eau a été réalisée dans le cadre du projet « PIRENE » par le Laboratoire de chimie industrielle de l'Université de Liège*.

Nous reprenons ici les principaux résultats de cette étude et commentons ce qu'ils nous apprennent.

L'analyse du cycle de vie un outil d'évaluation environnementale

Le but de cette étude était d'évaluer le « coût environnemental » de l'ensemble des phases du cycle anthropique de l'eau de manière à évaluer l'impact global induit par la consommation d'un mètre cube d'eau sur l'environnement.

Ce calcul repose inévitablement sur des hypothèses, comme par exemple la durée de vie des canalisations de distribution, d'égouttage ou des pompes ou encore la consommation de réactifs. Bien que ces paramètres soient toujours critiquables, ils se sont révélés relativement réalistes dans le cadre de cette étude.

Les résultats et ce qu'ils signifient

Le premier résultat important est que l'ensemble du cycle anthropique de l'eau a un eco-score de 0,6 point par mètre cube distribué. Ce chiffre, peu familier aux personnes qui ne pratiquent pas de manière quotidienne une analyse du cycle de vie, a été comparé à l'eco-score de l'utilisation d'une voiture moyenne, de manière à rendre plus compréhensible ce que représente cette valeur.

Bien que les impacts soient différents en termes de catégorie, la consommation d'un mètre cube d'eau de distribution a un impact environnemental équivalent à un parcours de 36 kilomètres en voiture. Ce chiffre est valable pour l'année 2000. Pour l'année 2015, après la mise en service de toutes les stations d'épuration, il serait réduit à 27 kilomètres.

Bien entendu, alors que l'impact de l'utilisation d'une voiture est principalement lié à l'extraction de combustibles fossiles, à l'impact sur la respiration et à l'émission de substances cancérigènes ; plus de 90 % de l'impact de l'utilisation de l'eau est lié à l'eutrophisation et l'acidification du milieu.

Si l'on regarde d'un peu plus près les étapes du cycle qui induisent cet impact (cf. 2ème graphe), on constate que :

- plus de 90% de l'impact environnemental est lié à l'assainissement des eaux usées (égouttage rejet sans épuration) ;

- l'impact diminue avec l'augmentation du taux d'équipement en station d'épuration ;

- l'assainissement des eaux usées permet de diminuer de 40 % l'impact de l'utilisation de l'eau ;

- la majorité de l'impact environnemental est lié à la construction des infrastructures et non à leur fonctionnement.

L'enseignement important à retenir de ce graphe est que l'impact environnemental est plus lié à la manière dont l'eau est utilisée et à ce qu'on y déverse, plutôt qu'à la quantité d'eau qui est utilisée.

Impact environnemental - figure 1ok

Impact environnemental - figure 2ok

EtapeEcoscore 2004 (pts/m3)

Ecoscore 2015 (pts/m3)

Construction Production-distribution0.032760.03276
Fonctionnement Production-distribution0.006970.00697
Construction assainissement0.036860.07299
Fonctionnement assainissement0.132960.32722
Rejet sans épuration0.403000.06770
Ecoscore total0.612560.50764

Une analyse plus détaillée sur les seules émissions de dioxyde de carbone d'origine fossile est disponible ici.

Des objectifs environnementaux parfois antagonistes

Tout comme au point de vue économique, la majorité du coût environnemental de la distribution d'eau par canalisation est fixe : quelle que soit la consommation d'eau, les infrastructures devront être installées. La pose de l'infrastructure a un impact environnemental que l'on peut considérer comme étant fixe.

Evidemment, plus la durée de vie est importante, plus le coût environnemental annuel de la pose de cette infrastructure est faible. Or, la tendance aujourd'hui est d'augmenter le taux de renouvellement des conduites de production-distribution, dans l'objectif tout à fait louable d'améliorer le rendement du réseau. Il s'agit, en effet, de diminuer la différence entre le volume distribué et le volume prélevé pour assurer cette distribution, dans un souci environnemental.

Or, en augmentant ce remplacement des conduites, on diminue la durée de vie moyenne d'une canalisation et on augmente par conséquent l'impact environnemental de la consommation d'un mètre cube d'eau. Deux objectifs environnementaux peuvent donc se révéler antagonistes.

Cet effet est toutefois diminué par le fait que moins d'eau doit être prélevée pour distribuer un même volume. En conséquence, moins d'énergie est nécessaire pour assurer cette distribution.

Comment améliorer la situation ?

Comme on l'a vu, l'impact du cycle anthropique de l'eau est avant tout lié à l'utilisation qui en est faite.

La situation peut être améliorée tant par la gestion de l'eau que par l'utilisation qu'en fait chacun d'entre nous.

Au point de vue de la gestion, la priorité est l'amélioration des performances des stations d'épuration. En effet, même lorsque l'ensemble des stations d'épuration sera mis en service, un gain de 20 % pourra encore être réalisé en diminuant les rejets sans épuration. Cela peut se réaliser, notamment, par une meilleure gestion des eaux pluviales. Cette meilleure gestion doit avoir pour but de n'envoyer idéalement vers les stations d'épuration que les flux d'eaux usées, non diluées par des eaux claires parasites.

Au niveau individuel, la meilleure manière de diminuer l'impact sur l'environnement est d'adopter des moyens domestiques qui respectent l'environnement : utiliser des détergents sans phosphates, ne pas jeter les huiles et graisses de friture dans l'égout ou encore utiliser des produits écolabélisés.

Tous ces gestes qui peuvent être accomplis chez soi de manière à sauvegarder la qualité de l'eau font l'objet de la brochure éditée par Aquawal, « Demain, l'eau est dans ma nature », téléchargeable ici .

L'eau du robinet, une ressource écologique

Des analyses similaires ont été réalisées en Suisse sur l'eau en bouteille et sur l'eau de pluie. Elles sont disponibles sur les liens suivants :

Eau en bouteille : http://www.trinkwasser.ch/fr/html/download/pdf/iep3.pdf

Eau de pluie : http://www.bafu.admin.ch/publikationen/publikation/00219/index.html?lang=fr

A l'examen de ces études, il s'avère que la consommation d'eau de distribution est certainement une des plus écologiques qui soit. En effet, au point de vue environnemental, il suffit de poser une canalisation et une pompe et l'eau est alors disponible pendant toute la durée de vie de l'infrastructure (en général entre 60 et 100 ans).

Enfin, des calculs ont montré que la consommation de deux litres d'eau en bouteille par jour et par habitant avait un impact environnemental équivalent à la consommation de 130 litres d'eau du robinet par jour et par habitant.

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